Quand Houari Dauphin insiste et lance à l’entame de sa prestation en clôture
du festival du raï « yahia zaoualia » (vive les démunis), il le clame à chacun
de ses passages, ce n’est ni de la démagogie, encore moins du militantisme
post-prolétarien.
C’est juste un clin d’œil à ses origines modestes, populaires, comme c’est le
cas pour la quasi-majorité des chanteurs de raï, à commencer par les plus célèbres.
C’est une marque de fidélité aux enfants de son quartier qui jusqu’à une date récente,
à l’occasion de ses nombreux passages à ce festival, viennent toujours le saluer comme
un des leurs. La proximité avec la ville du théâtre de Verdure permet ce rapprochement.
Lui le leur rend bien et jusque-là le succès ne semble pas lui avoir monté à la tête.
Son admiration pour Hasni est restée intacte, et il n’a pas dérogé à la règle, cette fois
encore, pour lui rendre un vibrant hommage. Il a suivi son chemin mais entre temps,
l’Algérie a changé. De Barraka m’ranka (chanté par Hasni), on passe, quelques années
plus tard, à Sheraton, un des titres qui ont propulsé cet ancien habitué du cabaret
Le Dauphin sur la corniche oranaise et où il a commencé déjà à se faire remarquer.
Dans ce texte chanté par Houari Dauphin, ce n’est pas tant l’opulence qui est mise
en avant mais un défi lancé à lui-même pour épater sa bien-aimée :
« Neddi omri le Sheraton. » On est toujours dans le registre d’el guellil, et
n’est sans doute pas pour rien qu’il a entamé son spectacle de manière théâtrale
(le public qui le réclame entend sa voix avant son apparition sur scène) avec
« neddiha guellila ». Il interprétera les chansons les plus connues de son
répertoire dont Nebghi nqellach omri ou alors Je t’écris, cette chanson bilingue
dont la mélodie est empruntée à la variété française. De la théâtralité, il y en
a eu également avec Hakim Salhi invité à ce festival pour une prestation qui a eu
finalement un bon accueil de la part du public qui le connaît pour deux de ses
succès : Navigui et Ana Sahraoui. Son timbre de voix (quoi que belle) n’est pas
très raï mais les reprises qu’il a faites de certains titres connus dont amina ont
été appréciées pour la cadence rythmique choisie. Lui-même a dû s’y mettre pour renforcer
une section déjà riche du groupe accompagnateur Liberté. Entré sur scène avec un slow Bezzaf el hadra,
Hakim Salhi n’a pas abusé de la danse, il était après tout connu pour cela à ses débuts durant
les années 1980. Ses pas au ralenti exécutés à la fin de son show dénotent une maîtrise du
corps qui n’a pas échappé au public qui l’a fortement ovationné. Cependant, c’est le retour de
Raïna Raï qui a marqué cette soirée de clôture. Ce groupe qui fait exception au milieu de la
dynastie du raï s’est reformé à maintes reprises mais ces tubes, vieux de plus de 20 ans, font
apparemment toujours recette. Avec Lotfi et Djillali comme rescapés, le groupe a entamé sont
spectacle par Masralna (que nous est-il arrivé ?). Alors que le jeu de guitare du premier est
devenu plus rock avec des accords plaqués en distorsion, les gesticulations du second n’ont
pas perdu de leur vigueur. Les deux artistes fondateurs du groupe semblent rajeunir avec Diri
latay avant d’entamer un titre plus mur Lala fatima habituellement chanté par le batteur
attitré, absent. Le prochain titre, Klami est interprété (il l’a sans doute composé) par Lotfi
Attar dont la voix manque cruellement de vigueur. Il va compenser avec de longs solos de guitare
en laissant libre cour à son inspiration. Le tube Zina est revisité avec une variante au saxophone
remarquable avant de quitter la scène. C’est à ce moment que les organisateurs ont profité de
l’occasion pour annoncer officiellement la clôture du festival. Cette tâche a été confiée à Mme
Rabéa Moussaoui, directrice de la culture, mais aussi à Hadj Méliani, commissaire du festival,
qui a souligné, comme un défi « le calme et la sérénité qui ont caractérisé l’organisation de
cette grande manifestation ». Comme la première, il a eu une pensée pour « le peuple et les
enfants du Liban » et a lancé un appel pour que le public revienne en masse aujourd’hui 6 août
pour une soirée spécialement prévue en solidarité avec le peuple libanais avec la participation
de chanteurs du pays du Cèdre. Plus tard, le chanteur
Houari Dauphin également au programme de
cette soirée de solidarité dont les recettes iront au Liban a demandé, drapeau du Liban sur les
épaules, une minute de silence à la mémoire des victimes. La première partie de la clôture a été
assurée par Hamouda, un des lauréats du concours de présélection. Il a été suivi par cheba warda,
la seule femme au programme en dehors de la soirée d’ouverture entièrement féminine en hommage
à Rimitti . « Tu me manques (je me mettrai) à genou loukane twelli (si tu reviens) »,
chante-t-elle dans ce registre langagier qui caractérise beaucoup de textes de raï.
Elle est suivie de Zino qui évoque la nostalgie du passé dans Lpassé ghadni
(je regrette le passé, traduction approximative) et
Hasni Seghir qui a interprété Andi
lcode (j’ai le code) et Kount nebghiha (je l’aimais). Par ailleurs, passées inaperçues
le mercredi, 2e jour du festival, les prestations de
Redouane, habituellement connu pour
Habba numérique et Bella avec Hada rayek antiya (ça c’est ton avis) et un clin d’œil au
club hamraoui ont été à la hauteur de l’événement qui a donné beaucoup de fil à retordre
aux organisateurs. Les réflexes qui se sont installés depuis des années ne sont pas faciles à
surmonter alors que cette manifestation va vers plus de professionnalisme et de rigueur dans
l’organisation. Avec à chaque fois près d’une centaine de chanteurs au programme malgré les
défections, les éditions d’avant
avaient aussi leur charme et l’anarchie régnante ne manquait pas d’attrait.
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