Chanteur berbère à la voix chaleureuse,
Mohamed Rouicha est aussi un
spécialiste du "Ouatar", un instrument marocain rarement joué
et semblable à une sorte de Oud, plus rustique.
Artiste ayant acquis une renommée nationale en tant qu'interprète des
chants amazigh et arabe, il a réalisé plusieurs albums salués par le
public marocain.
Le célèbre chanteur populaire, amazigh et arabe, Mohamed Rouicha était
présent au festival dans la ville , tenu en parallèle avec le festival
de Fès des musiques sacrées du monde. Menara l’a rencontré. Il ne
cache pas son amertume...
Le célèbre chanteur populaire, amazigh et arabe, Mohamed Rouicha était
présent au festival dans la ville, tenu en parallèle avec le festival
de Fès des musiques sacrées. Menara l’a rencontré. Rouicha, ayant
marqué l’histoire de la musique populaire marocaine, voile à peine
ses mots pour dénoncer la situation dégradante des artistes marocains.
Menara : Quel sens peut-on donner à votre présence et participation au
festival de Fès ?
M. Rouicha : C’est une très bonne chose que de voire des cultures
différentes venues des quatre coins du monde se rencontrer dans un seul
et même lieu, et à fortiori à Fès, la capitale spirituelle du
Royaume. Ce qui donne au célèbre adage « La musique n’a pas de
frontières » tout son sens et sa profonde signification. A titre
d’exemple, chez nous au Maroc, la musique du Souss ressemble dans
certaines de ses mélodies et rythmes, voire dans certains gestes ou
mouvements, à la musique asiatique. Ainsi, le festival de Fès lance un
message très clair, celui de l’amour et de la paix, entre les
cultures de différents peuples de notre planète. Dieu merci.
Menara : Peut-on trouver dans votre riche répertoire, populaire du
reste, des ressemblances avec la musique sacrée ?
M. Rouicha : Mes chansons versent parfois dans le thème du festival :
la musique soufi et sacrée. Et les textes en témoignent, quand on évoque
Dieu par exemple, le destin de l’homme sur terre, etc. Donc il y a des
questionnements soufis dans nos chansons à texte. Loutar (instrument à
cordes pincées), recèle différents sons et rythmes qu’on trouve
d’ailleurs dans d’autres instruments classiques marocains (Gunebri,
Hajhouj, etc). Nous nous efforçons de les améliorer et de les développer
davantage afin de dégager une autre mélodie « Rouichyenne », si on
peut dire.
Menara : Vous avez récemment participé au Forum des jeunes du troisième
millénaire. Quel regard portez-vous sur la jeunesse marocaine ?
M. Rouicha : Je dis et je ne cesse de le répéter : « notre avenir est
entre les mains de notre jeunesse ». Mais les jeunes ne doivent pas
oublier pour autant, nos valeurs identitaires et religieuses. Ceci étant,
les jeunes auront toujours besoin d’être assisté et appuyés par
tous : parents, ministères (NDLR : ministère de l'Education
nationale), etc. Autrement, les jeunes seront déçus et sans aucun
espoir.
Menara : Que pensez-vous de la musique marocaine ?
M. Rouicha : La musique marocaine moderne est morte. Mes excuses à tous
les artistes. Mais où est la musique marocaine ? N’a-t-on pas
d’instituts, des écoles de formation ? Ou bien se sont les
compositeurs qui font défaut ? La musique khaliji et autres musiques légères
nous envahissent chaque jour, sans qu’on puisse réagir.
Menara : Que faut-il faire alors ?
M. Rouicha : Il faut réglementer, il faut avoir des ministres
responsables et impliqués. Les artistes marocains se battent toujours
pour avoir un statut, qui leur garantit leurs dignité et leurs droits
les plus élémentaires (prévoyance sociale, retraite, etc). Combien
d’artistes dans leur derniers jours se sont éteint dans l’indifférence
la plus totale. Je ne cite que le dernier en date, Sidi Brahil Al Alami.
C’est la marginalisation, voire l’humiliation. Où en est la loi sur
le statut de l’artiste ? Quand est ce que verra-t-elle le jour ? Il
nous faut des institutions, des académiciens de musique. On n’a
jamais cessé de répéter cela. Les responsables sont sourds. Il faut
mettre un terme à la corruption et au clientélisme.
Menara : Une rumeur circule depuis très longtemps concernant votre
opinion sur le maître Mohamed Abdelouhab…
M. Rouicha : Il n’y a pas plus beau et plus sublime que l’homme qui
mesure ses mots avant de les prononcer. Le Saint Coran dit d’ailleurs
qu’il faut vérifier une information, au risque de porter atteinte à
autrui. J’ai tout l’estime, le respect et la considération à ce
grand monsieur qu’est Mohamed Abdlouhab.
Menara : Comment avez-vous débuté votre carrière musicale ?
M. Rouicha : Mes débuts avec l’art et la musique remontent aux années
soixante (plus précisément l’année 1964). J’ai commencé comme
amateur à la RTM dans la division amazigh et arabe. Il aura fallu
attendre l’année 1979 pour être confirmé comme musicien
professionnel. L’art, et la musique plus particulièrement, est un métier
stressant. Mais c’est une responsabilité qu’il faut assumer.
Menara : Pourquoi avoir choisi Loutar pour assumer cette responsabilité
?
M. Rouicha : Loutar est instrument qui était menacé de disparition. Il
était utilisé dans la Halka (notre théâtre ancien, dont je suis
fier). J’ai voulu le sauver et faire de lui un instrument musicale
marocain à part entière.
Dans l’imaginaire marocain, il est synonyme de quelque chose de futile
et d’insignifiant, puisque les mendiants s’en servaient dans les bus
et les cars. Or, c’est instrument historique, et qui fait partie de
notre patrimoine. On jouait avec dans le malhoune, le merssaoui, etc.
Chez nos voisins les Algériens, il est soigneusement gardé dans les
musées.
Le modèle occidental n’est pas le meilleur, et comme dit un ancien
adage marocain :« il y a dans le fleuve ce que la mer ne peut contenir
».
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